Chapitre 3 : Des streets shops à son propre salon ? Chapitre 4 : Roberel l’artiste… + Bonus !

Chapitre 3 : Des streets shop aux salons. Ouvrir son propre salon ?

  •  Quand je t’ai connue tu étais chez Dragon Tatoo, qu’est-ce qui t’a donné envie d’en faire partie ? Ce milieu plus de filles justement ?

Roberel : Je sortais des street shops et je voulais faire au moins 3 ans là-bas pour apprendre du savoir faire, la technique. J’ai commencé avec tout ce qu’on me demandait et le plus facile, le tribal, le lettrage puis des choses plus réalistes, en old school, pièces japonaises, un petit peu de tout. Et petit à petit, je suis revenue à ce que j’aimais faire, donc le dessin à la ligne claire. Mais avant tout il fallait que je sache faire à peu près toutes les techniques avant de prétendre pouvoir faire mes trucs à moi. Puis, quand j’ai senti que c’était le moment, je suis allée regarder les autres salons, il y en avait un qui était dans ma rue, c’était Dragon Tatoo. Je les connaissais juste de réputation, je savais que Leïla était une des premières nanas à avoir tatoué à Paris, à avoir ouvert son shop et un peu envers et contre tous, car elle n’avait pas forcément répondu à tous les codes qu’on attendait. J’ai voulu la rencontrer, voir qui était derrière tout ça. Et j’ai adoré le personnage, je pense qu’il n’y avait pas de plus grand écart entre elle et moi. 

Elle est montée sur 12 cm de talons, hyper lookée et en même temps hyper gentille, elle est pas hautaine du tout, elle peut paraitre un peu « superficielle » alors qu’elle est loin de l’être. Et son salon était rose, des strass, léopard, des pin up. Je suis arrivée dans ce truc où je n’avais rien à faire là. Ça m’amusait, en fait elle m’a beaucoup appris. Elles étaient très gentilles et elle m’a aussi laissé une chance. Elle trouvait que j’avais encore plein de choses à apprendre et elle avait bien raison. J’ai continué d’évoluer là dedans. Elle m’a permis aussi d’avoir une grosse liberté, j’ai pu vraiment faire mon style, m’imposer. Elle ne m’a jamais imposé tel tatouage ou tel autre, juste d’avoir un rendement et rapporter assez d’argent dans son salon, ce qui est normal. Mais elle m’a laissé faire des guest, je partais beaucoup à Montréal dans des salons. Et à un moment il a été temps pour moi de partir. Et c’est pareil, elle m’a vachement accompagnée là-dedans, elle m’a poussé à avoir mon salon. Elle est venue après 2 semaines qu’on soit arrivées à Biarritz, on était encore en travaux, c’était la première à venir pour voir comment ça se passait.

Je suis restée 4 ans et demi.

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  •  Du coup ça doit être complètement différent d’avoir son propre shop ?

Roberel : Ouais, après c’est un truc que j’aurais jamais fait sans Emilie, qui est ma femme. C’est vraiment son idée et moi j’en avais un petit peu marre de Paris, pas forcément de Dragon Tatoo, mais je devais faire 8h de tatouage par jour, c’était un peu à la chaîne même si c’était qualitatif et je manquais de temps pour parler aux gens donc ça avait fini par me dégoûter. J’avais pas le temps pour connaître vraiment les gens et savoir ce qu’ils voulaient.

Ici, on n’a pas les mêmes charges, les mêmes loyers, donc c’est plus simple de prendre son temps.

Mais du coup, je me posais vraiment des questions, que j’allais faire autre chose de ma vie, apprendre un nouveau truc. Et Emilie m’a dit que « c’est la manière dont tu le fais et pas forcément ce métier qui te fatigue, on va bouger de Paris », et moi je sais même pas ouvrir une enveloppe, j’ai la phobie de l’administratif donc ouvrir un shop c’était impossible.

Et « est-ce que les gens vont me suivre ? », je ne connaissais pas Biarritz, personne ne m’attendait ici. Agréablement surprise car 90% des gens de Paris ont suivi, deux ont même déménagé à Biarritz car ils sont tombés amoureux de l’endroit en venant. Et puis j’ai la clientèle d’ici et ça s’est élargi car les gens me connaissent d’ailleurs : Allemagne, Angleterre, Suisse, le réseau augmente progressivement donc tout s’est bien passé. J’avais pas forcément de grosses angoisses, j’étais assez excitée par le changement, le « on repart à zéro », ça j’aimais vraiment bien. C’est Emilie qui s’en est occupée, elle n’a rien à voir avec le tatouage, elle est chanteuse, interprète, compositeur et ça lui permet d’avoir du temps de s’occuper du shop entre les albums. C’est elle qui a tout monté, c’est son salon et moi je suis son employée. Et ça me va très bien comme ça en fait. Et du coup c’est elle qui gère les prises de rendez-vous, les premiers contacts par mail, car ça se fait beaucoup à distance, elle appréhende en amont les rendez-vous, savoir ce que les gens veulent, leur faire raconter un peu leur vie, c’est elle qui s’occupe de cette grosse partie.

Quelques images de son salon à Biarritz…

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  •  Y a-t-il une grande différence dans les demandes de tatouages depuis que tu es à Biarritz ?

Robrel : Oui, il y a des modes. Il y a eu les modes du cerf et du renard, il faut pas forcément être chasseur pour le faire. Il faut pas forcément être marin pour avoir une ancre. Donc tout le monde s’approprie les codes de tout le monde. Mais ici, on me demande beaucoup les éléments de la mer et de la montagne donc c’est souvent les vagues, la petite montagne derrière qui reviennent. Là, j’ai plus de temps pour moi et comme je suis entourée que de belles choses, je pars beaucoup en montagne, et je dessine ce qui me vient. Et forcément c’est la nature. 

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  •  Ça te prend combien de temps en amont avant de faire le tatouage ?

Roberel : On a un premier contact par mail, et en moyenne 5-6 échanges par la suite où on parle du projet (c’est Emilie qui s’en occupe) et on en discute ensemble si elle bute sur des trucs, là au moins une heure de passée. Quand les gens sont d’ici, je les rencontre personnellement, c’est plus facile. Après quand le RDV est bloqué, ça peut prendre 30min de dessin parce que ça me vient facilement et parfois ça peut me prendre 4 heures car ça ne vient pas du premier coup, et ça change rien au prix du tatouage, c’est mon problème si ça ne vient pas tout de suite, c’est le jeu. Et après, y a le moment où on envoie le dessin. Il y a environ 3 mois d’attente pour avoir un rendez-vous.

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Chapitre 4 : Roberel, l’artiste…

  • As-tu un tatouage dont tu es le plus fière ? Qui t’aurait donné du fil à retordre ?

Roberel : Ouais, c’était ici. C’était un vrai marin, un pêcheur de Saint-Jean qui a son bateau et qui fourni à peu près tous les restaurants de la région en poissons. Il s’appelle Imanol, il a la tête du capitaine Haddock, un peu usé par son travail car il pêche depuis qu’il a 15 ans, la grosse barbe et les cheveux bouclés tout gris, le vrai basque. Il est arrivé (il n’était pas tatoué) avec sa femme. Ils allaient se marier, et c’était le cadeau de mariage de sa femme. Il a vu sur internet, un tatouage de bateau que j’avais fait, il était surpris et il s’est dit qu’il en voulait un si ça pouvait être comme ça. Donc il est arrivé avec une grosse pile de livres et il m’a dit « voilà je veux mon bras en entier, je veux le bateau de mes rêves » et là tous ses livres ne servaient à rien et il me sort une coupure de journal des années 60 où dans le brouillard il y a un bateau dans les vagues, pris dans la tempête, qui est le bateau de ses rêves où je vois rien. Il me dit « c’est vraiment celui-ci » et après il me montre d’autres de ses bouquins en me disant « voilà c’est un thonier, je veux aussi un hameçon mais pour la pêche au thon », il me le montre sur internet mais je ne vois pas de différence entre l’hameçon qu’il me montre et celui que j’ai l’habitude de dessiner et ça allait jusqu’au millimètre. Et il voulait des gars sur le bateau en train de pêcher mais comme c’est la pêche au thon il faut être plusieurs qui tirent la poulie, ça allait jusqu’à quand il est venu voir le dessin il m’a dit « mais non ce type là il tient pas la bonne corde, il doit être derrière l’autre mec ». Et il m’a fait dessiner la baie de Saint Jean de Luz, du coup j’avais l’impression d’être introduite dans le pays. J’aurais pas pu avoir meilleur accueil et de pouvoir être acceptée comme ça. Ça a été par Imanol qui m’a laissé l’opportunité de m’ancrer vraiment dans l’histoire du pays basque qui est la pêche. Et le bateau a le nom de sa fille.

Le tatouage d’Imanol :

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  • Tes dessins on parfois des connotations d’illustrations enfantines, très joyeuses, pas sombres.

Roberel : C’est sûr que mon univers il est pas du tout dark. C’est très illustratif, je suis très inspirée par l’illustration, l’estampe inuit qui est toujours un peu naïf, basée beaucoup sur les animaux. A l’heure actuelle c’est devenu un peu trash mais c’est toujours aussi beau. Maintenant les artistes au lieu de parler des légendes, ils parlent de leur quotidien qui est vachement lié à l’alcool, le viol, la souffrance, les galères financières, donc ce qu’ils illustrent, c’est plus trash. Mais dans les années 50-60, c’était des oiseaux, des poissons, des chouettes et puis des choses qui n’existent pas et du coup ça m’a toujours influencé sur par exemple « on s’en fou pas mal qu’un poisson vole ». Mon influence elle est vraiment due à ça.

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Mon rêve c’est d’aller dans cette coopérative un jour, ils sont encore une vingtaine d’artistes chaque année à produire sur les même techniques ancestrales et c’est pour ça que leur ligne elle est assez simple, comme la technique est compliquée, ils vont à l’essentiel. Mais comme souvent, les dessins tribaux ou primitifs, on va à l’essentiel, c’est ça que je trouve très beau. En deux traits tu vois ce que c’est. Mais je suis loin d’avoir leur talent, mais si un jour, j’atteignais la perfection ce serait ça. 

Quand j’étais petite, j’ai pris des cours de dessin et j’avais un professeur qui me montrait des choses de Picasso mais j’étais trop petite pour comprendre et je me disais « un enfant de 3 ans peut faire ça » et le mec m’a ramené un bouquin complet sur Picasso en me montrant tout son travail, toutes ses périodes et là j’ai compris que le mec savait hyper bien dessiner et peindre et gérer un million de techniques. Et le prof me dit : « c’est comme tout, avant de déconstruire, tu dois apprendre à construire ». C’est pour ça que dans le tatouage, j’ai voulu apprendre à faire tout.

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  • Tu ne mets jamais tes tatouages en couleurs ?

Roberel : Très peu. Pour ce principe, d’aller un peu à l’essentiel. Je les visualise pas comme ça, et le travail au point est moins joli en couleurs, je l’ai déjà fait mais ça a moins de charme. A Anglet, y a un petit studio qui s’appelle Les Vilains, les mecs manient tellement bien la couleur que je suis tout le temps impressionnée de voir leur travail et je trouve ça magnifique, je serais bien incapable d’avoir cette qualité là, alors que j’ai beau avoir appris les techniques, mais c’est pas dans ma tête. Alors qu’eux, je pense qu’ils voient tout en couleurs.

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  • C’est plus compliqué la couleur à réaliser ?

Roberel : Chacun a son idée là-dessus. Une ligne si elle n’est pas bien faite et qu’il n’y a rien à côté comme un dégradé, du gris ou de la couleur pour cacher le petit défaut, ça se voit tout de suite si c’est mal fait, donc je vais te dire c’est plus compliqué. Parfois, il y a des disparités dans la peau donc il y a plein de choses qui font que la moindre petite accroche peut se voir, mais en même temps faire un joli dégradé de gris, ça aussi ça demande une vraie technique.

Y a une mode qui est arrivée, le « hand poked », sans machine, tu prends juste ton aiguille et tu le fais au point. T’as aussi la mode du tatouage un peu taulard, ils vont te faire des trucs assez barrés, assez beaux d’ailleurs en dessins qu’à la ligne, assez rupestre mais après quand tu détailles, c’est un peu dégueulasse mais c’est carrément la marque de fabrique.

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Chapitre 5 : Derrière la tatoueuse… (Bonus)

  • J’ai vu que tu voyageais beaucoup, il y a un voyage qui t’a marqué ou un qui te fait rêver ?

Roberel : Je rêve d’aller au Cap Dorset pour rencontrer ces gens.

Mais après, des voyages qui m’ont marqué, y en a des dizaines. Là je reviens du Portugal, j’étais dans un petit village de pêcheurs, j’ai adoré les rencontres qu’on a faites. Au Japon, ça m’a complètement bouleversé : Kyoto, Miyajima une petite île au large d’Hiroshima, dans le sud. Généralement, je vais dans des petits trucs : je ne suis pas allée à Tokyo, un jour j’irai, mais je préfère faire peu et avoir le temps de me mettre dans l’ambiance du lieu. A Futioka, y avait rien à voir, c’était même pas très joli mais y avait des pêcheurs et petit à petit je me suis incrustée à des barbecues, c’était hyper drôle, du coup j’ai des bons souvenirs d’un barbecue avec des pêcheurs.

Au Japon, dans les jardins, de voir les jardiniers accroupis à désherber juste avec une balayette et une pince à épiler,  je me suis dit je me verrais très bien faire ce job. Hyper mono tâche, tu penses à rien et tu t’occupes de l’infiniment petit. Ca m’a vraiment beaucoup marqué.

J’aime beaucoup les déserts, que ce soit de neige en Islande, ou Joshua Tree en Californie.

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  • Est-ce que tu as des projets pour l’avenir ?

Roberel : Je sais que je vais pas faire ça encore très longtemps, mais je le ferai toujours pas passion et plaisir mais dans 2-3 ans je serai sans doute avec Emilie sur les routes pour d’autres choses. Mais quoi, je ne sais pas encore.

Mon objectif, c’est partir, faire d’autres choses un jour. Apprendre un nouveau truc c’est sûr.

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  • D’autres passions à côté du tatouage ?

Roberel : J’en ai plein et pas assez pour une journée de 24h, je suis très frustrée de ça.

Très lié au dessin, j’adore le jardinage, être dehors et travailler avec mes mains, construire des trucs en bois, planter des trucs, en ce moment je voudrais apprendre la pêche à la mouche, j’aimerais avoir du temps pour m’initier à la poterie.

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  • J’aime bien le jeu du portrait chinois : 

– Si tu étais une fleur/plante : un cactus, 
– Si tu étais un animal : un coyote,
– Si tu étais un élément (eau,terre, feu, etc) : l’eau,
– Si tu étais un adjectif : curieuse..!

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Ça y est, cet interview est fini ! Je voudrais sincèrement remercier Roberel de m’avoir donné cette opportunité de faire cette interview d’elle, de m’avoir livré toutes ses histoires, ses aventures, ses idées, et de m’avoir accueilli dans son salon si mignon et chaleureux… 

Et aussi un beau remerciement à ma soeur pour son temps (je me crois aux Oscars) qui m’a accompagné à Biarritz parce que je suis une flippette qui a peur de partir seule, et qui m’a énormément aidé pour la retranscription de cette interview, parce que 1h30 de conversation c’est un peu long à tout réécrire haha… 

Enfin, c’est une expérience vraiment agréable et un souhait que j’avais depuis longtemps. J’espère qu’il vous aura plu de le lire autant que moi de l’avoir réalisé ! 

Je vous laisse avec quelques photos pour finir que je n’ai pas pu caser ailleurs mais qui me tiennent à coeur de partager avec vous. 

Je vous dis à très vite,

Les Couleurs d’une Vie.🌹

Voilà quelques autres images de son salon que j’adore, la plupart de ses objets viennent des endroits où elle a voyagé.

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Chouette endroit pour se faire tatouer non ?

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Et pour finir, quelques tatouages wahou…

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🌹🌹🌹

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